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Une plainte inutile

Le réveil sonna longuement ce matin-là. Oyono choisit de l’ignorer. Il en avait marre de devoir se lever tous les matins à 5h pour aller travailler. Il n’en pouvait plus de faire semblant d’aimer concevoir des projets pour son ONG « Sauvons l’Afrique ». Lui-même venait du Cameroun et voulait sincèrement que son pays change. Mais pas comme ça.  Il avait l’impression de contribuer à l’élaboration des clichés sur l’Afrique. « Oui, il y avait des pays en Afrique qui était pauvres mais on lui en rabâchait tellement les oreilles avec qu’il avait souvent l’impression que l’Afrique n’était faite que de catastrophes ».



Oyono avait 28 ans. Il travaillait depuis bientôt trois ans dans cette ONG. Il avait étudié l’informatique à  l’université Pierre le Feu de Paris mais s’était toujours passionné pour les questions de développement en Afrique. Il souhaitait sincèrement contribuer au changement dans son pays le Cameroun, pays qu’il avait quitté depuis 8 ans pour s’installer à Bruxelles. Il avait détesté voir s’élargir les nids-de-poules dans la capitale économique, l’augmentation du nombre de motos-taxis qui témoignait de la précarité de l’emploi. Il détestait aussi lire les informations sur les crédits que la BAD, le FMI et les autres institutions internationales accordaient à son pays car il savait que la dette augmentait. Oyono avait donc voulu changer les choses en s’engageant dans l’ONG “Sauvons l’Afrique”. C’était un programme qui organisait des séminaires, des colloques pour former les jeunes de la diaspora issus de pays pauvres. Malheureusement, il reproduisait les clichés qu’il combattait et ne semblait donc pas contribuer au changement dans son pays. Des experts n’abordaient que très rarement le problème dans son ensemble. On chantait la misère de l’Afrique. Oyono n’en pouvait plus. Il devait sortir de là! Le déclic lui était venu la veille.

Il s’était à nouveau plaint chez son ami Nkeng. Il n’en pouvait plus. Il s’attendait à se faire consoler par son ami de longue date qui travaillait chez un grand constructeur automobile. Nkeng marmonna un “mmh” dans sa moustache. Il la gratta et se tourna vers son porte.L’absence de compassion pouvait se lire dans ses yeux. Son regard était incisif. Posant sa main sur l’épaule de son pote qui était assis sur une chaise haute, il lui dit: “gars, je vais être honnête avec toi. J’entends le même discours depuis plusieurs mois et je pense qu’il est temps pour moi de te dire la vérité.”

Oyono, sursauta en se demanda si son pote avait la clé à son problème. Nkeng continua: “père, change de boulot. Fais autre chose, tu t’auto-détruis”. Oyono voulut protester. C’était si facile à dire. Que ferait-il? Ce travail lui permettait de payer ses factures et surtout, de préparer la venue de son fils. Sa femme était presque à terme.

Nkeng ne l’entendit pas de cette oreille: “C’est soit tu changes, soit tu ne m’en parles plus. Je n’ai pas que ca à faire de t’écouter te lamenter. Ca ne m’apporte rien de bon, au contraire, ca influe sur moi. Donc, rien que notre amitié, change. Je ne te dirais pas ces mots si tu n’étais pas un pote”. Nkeng se leva, claqua ses doigts dans ceux d’Oyono qui étaient devenus amorphes après ces quelques mots.

Oyono se tourna dans son lit. Il ne voulait pas aller travailler mais il irait et ce soir, il commencerait à chercher d’autres options. Il ne savait pas par où commencer mais il savait bien que le premier pas est le début du voyage. Il se leva donc et se prépara pour le boulot.

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