Laura Nsafou répond à nos questions

Cette interview vise à nous familiariser avec le monde des auteur.e.s et blogueurs/blogueuses, leurs techniques de travail, leurs motivations et leur inspiration. Les auteur.e.s débutants pourront y trouver des outils nécessaires pour se lancer dans l’aventure créative.

Laura Nsafou
Source: Glamour

 

Présentation de l’auteure

Muriel Mben: Parlez-nous de vous. Etes-vous Blogueur/ blogueuse ou auteur.e?

Laura: J’aurais tendance à dire les deux, mais est-ce qu’on est pas autrice d’un texte, qu’il soit sur un blog ou pas ?

 MM : De quel pays êtes-vous? Qu’avez-vous écrit? Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Laura: Je suis française, et originaire de la Martinique et du Congo.  J’ai écrit deux romans (Callie juste vous et moi (qui n’est plus disponible); et À mains nues aux éditions Synapse,) et l’album jeunesse Comme un million de papillons noirs, aux éditions Cambourakis.

 Les œuvres de l’auteure

 

papillons
Source: les librairies

MM : Dans quel genre littéraire les classeriez-vous ?

Laura: Pour A mains nues, je dirais un roman, c’est vraiment l’histoire d’une femme et de son émancipation. Pour Papillons noirs, c’est un album jeunesse.

MM : Où peut-on les acheter/lire?

Laura : A mains nues est disponible en commande sur le site de l’éditeur,  et Comme un million de papillons noirs est disponible en librairies et en commandes sur les sites marchands.

L’auteure et l’écriture créative

MM : A quel âge avez-vous commencé à écrire et depuis quand le prenez-vous au sérieux? Une anecdote peut-être ?

Laura : Mon plus vieux souvenir, c’était un livre que j’avais dessiné et mis en page, après avoir scotché des feuilles ensemble. Je l’avais fièrement montré à ma maîtresse, et nous avions fait un spectacle à partir de cette histoire. Je ne me rappelle pas du spectacle même, je crois que c’était un peu un désastre, mais je me rappelle des nombreux livres que j’ai fait de cette manière, en scotchant des feuilles et en dessinant la couverture. Je devais avoir sept ans.

J’ai écrit mon premier manuscrit quand j’avais douze ans, et je crois qu’il faisait déjà 200 pages, donc j’étais déjà très bavarde à l’époque (rires). Pour moi, c’était un moyen de créer des histoires que j’aurais voulu voir à l’écran. A l’âge de seize ans, quand j’ai publié mon tout premier roman, je rêvais d’être une auteure : j’ai participé à des concours d’écriture, que ce soit dans mon établissement ou ailleurs. Je prenais tout ça très au sérieux sans m’imaginer en faire une carrière; car, dire qu’on veut devenir autrice, c’était comme dire vouloir être chanteuse ou artiste, on nous dit souvent de prendre “un vrai travail à côté”. Malheureusement, à force de voir des auteurs mis en avant qui ne me ressemblaient pas, et de lire une littérature française qui ne m’incluait pas, j’ai commencé à me dire que je n’avais pas le profil, et je me suis résignée. J’ai décidé d’écrire pour moi, et via la forme du blog, ce qui me convenait très bien. En gros, j’ai toujours pris au sérieux mon rapport à l’écriture, ça a toujours été ma passion, mais la professionnalisation de mon activité n’est venue que bien plus tard, avec À mains nues.

MM : Quel type d’écrivaine êtes-vous: celle qui planifie ou qui écrit spontanément?

Laura : Spontané , c’est le mot (rires). Mon écriture est très… autonome. Après A mains nues, je suis restée quatre ans sans écrire de fiction, j’écrivais seulement des articles sur mon blog. Et puis, d’un coup, j’ai commencé à écrire une page, puis une dizaine, jusqu’à en faire une trilogie, celle d’Ino. Ca a été physiquement et émotionnellement l’exercice le plus lourd de ma vie, en terme d’écriture. J’écrivais à mon réveil, dans le bus, durant mes pauses déjeuner, le dîner, les week-ends. Cette histoire prenait tellement de places dans ma vie que mes proches étaient un peu fatigués de m’entendre en parler. En un an et demi, j’ai terminé le premier jet de ces trois tomes, et j’avais presque une relation un peu douloureuse avec cette histoire. Aujourd’hui, j’essaie d’avoir un rapport plus sain à ma création et de me discipliner, mais ça reste compliqué.

MM : Quel est votre environnement idéal de travail (allongée sur le lit, dans un parc, etc.? ou devant un ordinateur ?)

Laura : Dans mon salon, devant l’ordinateur, avec un thé ou un café.

MM : A quelle fréquence écrivez-vous?

Laura : Presque tous les jours. Je fais plusieurs projets en parallèle, donc quand je ne travaille pas sur la réécriture d’un manuscrit, j’en avance un autre ou écrit un article de blog. Je me fatigue moi-même.

MM : Quelle est votre routine d’écriture?

Laura : Comme je le disais, je pourrais écrire n’importe quand si je n’avais pas de boulot à côté, du coup j’ai une routine qui vise à canaliser mon inspiration. Je me fixe deux soirs par semaine et le week-end pour écrire. Ca me force aussi à faire le tri : ce qui me semble essentiel pour l’intrigue, je vais le griffonner sans attendre ma session d’écriture, et les idées que j’ai et qui ne résistent pas jusque là s’éliminent d’elles-mêmes. Actuellement, je termine la réécriture du premier tome de ma saga, donc mon rythme est beaucoup soutenu.

MM : Comment choisissez-vous les thèmes de vos romans?

Laura : Ca va paraître très pompeux, mais je dirais que “je ne les choisis pas, ils me choisissent” (rires). Pour A mains nues, je me suis demandée s’il existait une phobie autour du toucher. J’ai fait des recherches, trouvé l’haptophobie et de là j’ai écrit une scène où Sibylle a pour unique notion du toucher, le chaud et le froid. Pour Ino, j’ai rencontré une femme qui portait son nom, lors d’un voyage au Sénégal, et j’ai griffonné une scène où elle était sur la plage. Ca commence toujours comme ça : j’écris une scène et elle se déroule au fil des mois en une histoire, comme une pelote de laine. Bien sûr, je forge ensuite les messages que je souhaite passer, mais c’est toujours l’histoire qui s’impose en premier, et moi qui ne fait que la suivre.

J’ai beaucoup de manuscrits (que je n’ai jamais envoyés), et avec du recul, je commence un peu à identifier des thèmes récurrents dans mon travail, comme l’émancipation, l’héritage, l’identité, l’amour aussi.

MM : Que faites-vous quand vous n’êtes pas inspirée?

Laura : Je dors ! Sérieusement, si je finis une histoire qui m’a monopolisé plusieurs mois, voir années, il y a une vraie fatigue physique et je suis obligée de récupérer. De me réapproprier un peu. Du coup, je lis beaucoup, je regarde beaucoup de séries et de films, je me nourris l’esprit un peu. Je me détache un peu de l’oeuvre.

MM : Vous préférez écrire sur un ordinateur ou papier?

Laura : Sur ordinateur. J’ai écrit pendant des années sur papier pourtant, mais il y a eu ce moment où mon écriture n’allait pas assez vite par rapport à ce que j’imaginais : quand j’écris, je suis dans la même pièce que mes personnages, la scène se passe devant moi. S’ils se disputent, je n’ai pas le temps de raturer ou de me rappeler ce qu’ils se sont dits, parce que mon écriture manuscrite est trop lente. Le clavier me permet cette souplesse. Néanmoins, je continue d’avoir des carnets sur moi, comment vivre sans ?

MM : Quels sont vos trois auteurs préférés?

Laura : Toni Morrison et Stephan Zweig, sans hésiter.  Pour le troisième, c’est difficile de choisir. Ce n’est pas forcément des auteurs ou autrices favori.te.s qui m’ont marqué, c’est souvent un livre qui m’a marqué à un moment de ma vie. Donc je vais dire Josette Spartacus, pour ce qu’elle m’a apporté tant par son travail et que par son amitié.

MM : Lesquel(le)s vous ont inspirée?

Laura : Toni Morrison m’a montré que je pouvais exister en littérature, que des personnages pouvaient partager ma trajectoire, et toutes les questions que suscite l’afrodescendance; et qu’il était possible de challenger un lectorat qu’on pense par défaut blanc. Elle se confronte au lecteur sans gants, c’est fascinant littérairement parlant et politiquement. Elle m’a inspiré autant par sa trajectoire que par son travail.

Zweig, lui, est l’auteur qui m’a appris qu’il était possible de rendre avec justesse les sentiments. Il a, à mes yeux, offert le meilleur du romantisme. Y a une justesse presque chirurgicale dans sa manière de parler d’amour, de haine, de passion, sans exagération.

Après, il y en a d’autres : Léonora Miano, pour ses romans à la fois critique et d’une finesse remarquable; ou encore Maryse Condé et Simone Schwartz-Bart qui m’inspirent par leur exigence et leur précision. Je les lis et je peux sentir l’odeur du jardin de ma grand-mère au Gros Morne, elles arrivent à restituer l’antillanité incroyable – entre autres thématiques.

Après, mon inspiration vient de beaucoup de choses : de citations, de rencontres, de moments précis, de conversations. Je suis un peu une éponge. Ca dépend.

MM : Le dernier livre que vous avez lu?

Laura : Je ne l’ai pas encore fini, je suis en pleine lecture de l’autobiographie d’Assata Shakur, récemment publié aux éditions PLN.

MM : Que pensez de l’engagement de l’auteur pour des causes précises ?

Laura : Je ne pense pas que c’est le statut d’auteur qui fait qu’on s’engage, je pense que c’est une histoire de parcours personnel. J’ai écrit A mains nues avant de découvrir l’afroféminisme, et de m’y engager, et ça influence mon écriture et la manière dont je veux traiter certains thèmes.

MM : Quelle est votre sélection musicale préférée quand vous écrivez?

Laura : C’est comme la bande son d’un film, ça dépend de l’atmosphère que je veux rendre. J’ai une playlist pour chaque histoire que j’écris. Actuellement pour la réécriture d’Ino, j’écris avec beaucoup de musiques épiques, comme les OST d’Hiroyuki Sawano, ou les musiques de Tony Anderson.

Quelques conseils  pour les auteur(e)s en herbe ?

MM : Pour finir, quels sont les conseils que vous pouvez donner aux jeunes écrivain(e)s?

Laura : Ne mettez pas la barre trop haut : je trouve qu’on a tendance à attendre trop du premier jet. Le brouillon est quelque chose qu’il faut apprécier, car c’est la phase où l’on peut tout se permettre. Les soucis de formulation ou autres sont des choses qui appartiennent à la réécriture. Personne n’écrit un best-seller en un jet.

Et si vous souhaitez en savoir plus, checkez les ateliers d’écriture de la Revue Ataye. J’anime avec leur équipe “De quelle couleur est ta peau noire ?” pour aborder la manière dont est nommé et raconté les afrodescendants, et déconstruire les préjugés. C’est très cool !

 

  

Vous pouvez retrouvez Laura Nsafou sur les réseaux sociaux

Instagram : @mrsrootsbooks

                               Twitter: @mrsxroots

                               Facebook: mrs roots

                               Un blog ou une page web ? http://www.mrsroots.fr

Les liens des interviews sont disponibles sur ses plateformes

Je la remercions encore d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

 

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