Parler de soi dans un livre : une expérience évidente ?

Source : pixabay

J’ai partagé un appel à textes pour des personnes victimes de viol sur Facebook . Un contact Facebook cherchait des femmes victimes de viol. L’une d’entre elles a avoué ne pas pouvoir y arriver, du moins de ne pas être prête à s’ouvrir sur cette partie de sa vie. Cette révélation m’a inspiré une reflexion sur le récit de soi. Je me suis demandée quel en est le réel défi. Étant donné que j’ai écrit une autofiction, je voulais revenir sur cet exercice et évoquer sa difficulté et comment la contourner.

Pourquoi se raconter dans un livre ?

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Les raisons sont diverses et ondoyantes. Les auteur.e.s qui le font utilisent parfois le roman comme une thérapie pour guérir d’une blessure. C’est le cas de Ken Bugul, une auteure sénégalaise. Sa trilogie Le baobab fou (1982), Cendres et braises (1994), Riwan ou le chemin de sable (1999) raconte son histoire. Dans les interviews que j’ai pu lire, elle dit qu’au départ, son objectif n’était pas de faire carrière dans l’écriture. C’est un de ses amis qui l’aurait encouragée à publier son roman alors qu’elle vidait seulement sa peine sur du papier.

Les personnalités publiques écrivent aussi leur histoire pour inspirer les autres en racontant leur parcours. Le but étant parfois de montrer que malgré les obstacles, elles ont résisté. Ce message s’adresse aux lecteurs et aux lectrices qui désespèrent. L’an dernier, on a vu arrivé sur nos étagères Becoming Michelle Obama (2018) de Michelle Obama. Etant donné son parcours, je pense ne pas me tromper en affirmant que plusieurs femmes verront en l’ancienne première dame des États-Unis une icône et un exemple à suivre.

Dans les deux cas de figure mentionnés ci-dessus, se raconter revient à une mise à nu devant le lecteur/la lectrice avec qui on partage des aspects de notre vie qui ne sont pas toujours avouables. Ainsi, l’auteur.e s’expose aux critiques et aux jugements de ces derniers/dernières.

Pourquoi est-il difficile de parler de soi ?

Selon son histoire, écrire une biographie ou une autobiographie est difficile. Pour les victimes de viol avouer leur histoire alors qu’elles préfèreraient probablement la garder pour eux/elles, n’est pas évident. Raconter éveille le souvenir qui hante la mémoire. Ken Bugul a eu une mauvaise expérience d’intégration en Belgique et s’est adonnée à la prostitution, elle s’est droguée, elle a eu des échecs sentimentaux selon ce qu’elle raconte dans le roman. C’est à cause de ces blessures qu’elle est retournée chez elle pour se ressourcer. Son livre a une vertu thérapeutique mais il n’était pas destiné à être lu.

L’autofiction

Mon deuxième roman Un bond dans l’inconnu (2015) est une autofiction. Certaines scènes et certains personnages sont construits à partir de ma vie et de ma personnalité au moment du récit. En commençant le roman, je voulais raconter mon histoire dans son intégralité mais j’ai eu peur du regard des autres. Je me suis dit : « que vont-ils/elles penser en lisant ce passage-ci ou celui-là ? » Ne pouvant assumer et supporter le regard des lecteurs et des lectrices, j’ai donc décidé de me tourner vers l’autofiction. J’alterne fiction et réalité et le lecteur ne peut différencier l’un de l’autre. C’est grâce à ce subterfuge que je peux assumer ce récit aujourd’hui. Seul.e.s ceux qui connaissent l’histoire sont capables de distinguer le vrai du faux. Et ça me convient. Et si l’autofiction ne suffisait pas ?

Patienter

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Parfois, écrire peut sembler difficile. Pour revenir à l’appel à textes publié sur Facebook dernièrement, j’ai eu deux commentaires sous cette publication. Le premier disait : « Poser des mots sur ce pan de mon histoire. J’ai essayé mais le retour émotionnel je n’étais pas prête. » J’ai été touchée par cette réaction et je lui ai répondu ceci : « prends ton temps ». En effet, il y a un moment pour tout dans la vie. Il y a des douleurs qui nécessitent plus de temps pour être digérées. On en parle lorsqu’on se sent prêt.e psychologiquement. Aujourd’hui, il y a une espèce de course à tout et on laisse peu de place à l’émotion. Abstenez-vous en cas de doute.

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